Regarder au-delà de la crise Covid-19

Richard de Groot

Richard de Groot

Directeur global des Investissements

Regarder au-delà de la crise Covid-19

L'économie mondiale a souffert d'un confinement sans précédent mis en place par les autorités politiques pour lutter contre le virus Covid-19. Malgré la réouverture des économies, les mois à venir restent très incertains : à court terme, le risque d’une deuxième vague est difficilement quantifiable ; à plus long terme, cette pandémie aura certainement des conséquences durables, dont certaines restent encore inconnues.

Dans le cadre de nos précédentes perspectives d'investissement, nous tablions sur une accélération de la croissance mondiale et considérions le risque de récession comme peu probable. La Covid-19 a complètement changé la donne. L'apparition du virus a paralysé une grande partie de l'économie mondiale et généré une récession d’une magnitude inégalée. A titre d’exemple, le taux de chômage américain dépasse désormais les 20% ! Si la reprise devrait prendre forme dans le sillage du déconfinement des populations, sa forme et son ampleur reste incertaines.

Néanmoins, il est nécessaire de regarder au-delà de cette crise et d’envisager les lignes de force qui s’imposeront au cours de ces prochaines années. D’un point de vue macro-économique, les taux d’endettement des Etats et des entreprises vont progresser sensiblement, forçant les Banques centrales à maintenir des politiques de taux nul pour plusieurs années. Au niveau micro-économique, des secteurs vont pâtir durablement de cette crise ; d’autres en bénéficier. Autant d'aspects importants à prendre en compte par les investisseurs.

L'impact à long terme semble clair

Comme toujours en période de perturbations, il y aura des gagnants et des perdants. La tendance à la numérisation et à la digitalisation va certainement s'accélérer. La technologie permettant de travailler à domicile faisant (clairement) ses preuves, il est attendu que les entreprises investissent davantage dans les Logiciels en tant que Services et le « cloud computing ». L’impact de cette nouvelle façon de travailler va pénaliser les entreprises liées aux voyages, et notamment les compagnies aériennes déjà durement touchées au début de l'épidémie.

La tendance à la mondialisation - y compris l'externalisation (partielle) des processus commerciaux vers d'autres pays pour des raisons d'efficacité - était déjà sous tension avant l'épidémie de Covid-19, en raison de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. La pression sur la mondialisation sera encore plus forte : d’une part, les Etats exigeront une sécurité des processus de production pour des industries et services stratégiques ; d’autre part, les entreprises vont probablement ré-évaluer leurs chaînes de production eu égard au risque de rupture.

Une autre conséquence évidente de la crise Covid-19 tient dans l’accroissement de la dette dans le monde. De nombreuses entreprises auront besoin de prêts supplémentaires pour subsister ; les gouvernements devront financer les mesures de relance. Alors que la reprise économique permettra à la plupart des pays de réduire leur endettement, certains éprouveront des difficultés.

La question se pose également de savoir si la transition vers un mode de vie plus durable sera facilitée ou entravée par l'apparition du virus. La réponse n'est probablement pas simple. D'une part, la diminution des voyages et la modification du comportement des consommateurs auront un effet positif, sur l'environnement en particulier. D'autre part, la transition vers la durabilité exige des investissements. Avec des taux d'endettement élevés, les entreprises et les gouvernements auront moins de possibilités d'investir dans les initiatives répondant aux enjeux de la transition écologique.

Notre recommandation aux investisseurs

Si nous restons prudents à court terme, nous pensons que les actions seront à privilégier dans une optique de moyen terme, cette classe d’actifs offrant des espérances de rendement sensiblement positives contrairement aux actifs sans risque.

Au niveau sectoriel, nous recommandons d'investir dans les secteurs qui bénéficieront à long terme des développements actuels, comme les technologies de l'information et la santé. Nous sommes moins enthousiastes en ce qui concerne le secteur financier. Les banques seront confrontées à des provisions plus élevées et devront faire face à des taux d'intérêt plus bas pendant une période plus longue. Au niveau régional, nous préférons toujours les États-Unis, plus fortement exposés aux valeurs technologiques, au détriment de l'Europe, où les valeurs financières sont sur-représentées.

En ce qui concerne les Taux, la stratégie recommandée est celle d'investir dans des obligations faisant l’objet d’achats par les Banques centrales et qui offrent toujours un rendement modeste mais positif. Cela se fera principalement par le biais d'obligations d'entreprises de qualité, de nombreuses obligations d'État souffrant de rendements attendus négatifs.

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FAQ

Pourquoi la reprise prendra-t-elle du temps ?

Nous prévoyons le point bas de la récession au deuxième trimestre. Une reprise automatique suivra au troisième trimestre, lorsque les économies redémarreront. Toutefois, nous ne prévoyons pas de reprise soutenue et forte avant le deuxième trimestre 2021.

Pourquoi ?

  • D’abord, parce que les mesures de restrictions d’activité ne seront levées que progressivement et que la distanciation sociale aura des impacts sensibles à moyen terme. Nous constatons ainsi en Chine que les consommateurs restent prudents de ce fait. Cela touche en particulier le secteur des services.
  • Ensuite, le déconfinement pourrait générer une résurgence du virus et forcer un durcissement temporaire et ciblée de certaines mesures de restriction d’activité.
  • Enfin, la lenteur de la reprise accroît l'impact des effets secondaires, à savoir une augmentation du chômage (qui frôlera les 20% aux Etats Unis dans les semaines à venir) et des faillites. En conséquence, la reprise pourrait être encore plus lente qu’escompté.

Qu’en est-il des actions ?

Le rebond des marchés d’actions mondiaux a alimenté la revalorisation de cette classe d’actifs qui offre un ratio cours sur bénéfice de 16, proche de sa moyenne de long terme. Nous sous-pondérons actuellement les actions au sein de notre portefeuille, considérant que la valorisation n’offre pas de coussin de sécurité à toute mauvaise nouvelle potentielle. Cependant, à moyen terme, nous sommes positifs sur les actions, cette classe d'actifs disposant d’un rendement annuel escompté de plus de 6% pour les prochaines années, alors que le monétaire et les obligations d’Etat de la Zone € devraient offrir des rendements négatifs ou proches de zéro..

Quels sont les secteurs qui profitent de cette pandémie ?

Parmi les opportunités que nous voyons aujourd'hui, citons : les achats en ligne, le divertissement à domicile et la technologie qui permet de travailler à domicile ou de consulter un médecin en ligne. Nous continuons également à investir dans les énergies renouvelables et le stockage de l'énergie.

Les matières premières font-elles partie des perdants ?

En raison du conflit pétrolier et de la chute de la demande de pétrole, les secteurs liés aux ressources naturelles font partie des perdants. Il est cependant encore trop tôt pour investir dans les matières premières. En ce qui concerne le pétrole, il faut d'abord attendre un ré-équilibrage entre l'offre et la demande. Pour l’or, tous les signaux semblent être bien orientés. Néanmoins, nous restons prudents, les positions spéculatives étant très importantes sur cet actif, l’exposant à une correction abrupte.

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