Devises: Les perspectives à long terme du dollar se détériorent

Georgette Boele.

Georgette Boele

Stratégiste principale Devises et métaux précieux

Devises: Les perspectives à long terme du dollar se détériorent

Jusqu'à présent, le dollar américain s’est apprécié par rapport aux principales devises. Si cette tendance se poursuit à court terme, elle est appelé à s’affaiblir à l’horizon de quelques trimestres.

Vers une baisse de la demande pour les valeurs « refuge »

Le déconfinement devrait permettre une reprise qui pourrait initialement décevoir en raison de comportements prudents de la part des agents économiques. Une reprise forte et durable ne semble ainsi envisageable qu’à horizon 2021. Dans cette perspective, les investisseurs se détourneront très progressivement des devises « refuge » telles que le dollar américain et le yen japonais. Les écarts de taux d'intérêt, les perspectives de croissance relatives, les rendements réels relatifs, l'incertitude politique et les valorisations seront à nouveau au centre de l'attention. Il est probable que ces facteurs pèseront sur le dollar à l'avenir.

D'autres raisons de s'attendre à une baisse du dollar

Le 23 mars, la Banque centrale américaine (Fed) a annoncé un assouplissement monétaire d'une ampleur sans précédent. Elle est passée d'objectifs limités pour l'achat d'actifs à un engagement "quoi qu'il en coûte". Cette politique est historique à plusieurs titres. D’abord, l'assouplissement quantitatif n'a jamais été aussi agressif : le bilan de la Fed a progressé de 3000 milliards $ en l’espace de deux mois ! Ensuite, l’institution monétaire s’est engagée à acheter des titres dits à haut rendement, ce qu’elle ne s’était pas autorisée à faire en 2008. Enfin, elle envisage la mise en œuvre d’autres mesures si nécessaires. Ainsi, dès que la demande pour les valeurs refuges ralentira, la politique monétaire de la Fed se fera ressentir sur le dollar.

D’autres facteurs participeront à l’affaiblissement du dollar. Le gouvernement américain a annoncé d'importantes mesures de relance budgétaire pour soutenir l'économie. Cette forte détérioration du déficit budgétaire pèsera sur la devise en raison de son ampleur exceptionnelle. En outre, il est probable que l’élection présidentielle de novembre affecte également le dollar.

L'EUR/USD devrait se redresser plus tard dans l'année

La baisse du dollar devrait se dessiner au second semestre. Il est probable qu'il s'agisse d'une baisse pluriannuelle. Néanmoins, la situation de l'euro par rapport au dollar est mitigée pour plusieurs raisons. Premièrement, nous prévoyons une intensification du programme d'achat d'actifs du PEPP -Pandemic Emergency Purchase Programme- de la Banque centrale européenne (BCE). Deuxièmement, la décision de la Cour allemande sur les achats de la BCE dans le cadre du PSPP (son précédent programme d'achat d'actifs) pourrait être source d'incertitude et freiner l'intérêt pour l'euro. Troisièmement, nous anticipons une récession à double creux pour l’union européenne (un rechute de l’économie après un rebond au troisième trimestre). Nos prévisions de fin d'année pour l'EUR/USD s'établissent à 1,12.

Télécharger l’infographie

Infographie​ (PDF 1 MB)

FAQ

Pourquoi la reprise prendra-t-elle du temps ?

Nous prévoyons le point bas de la récession au deuxième trimestre. Une reprise automatique suivra au troisième trimestre, lorsque les économies redémarreront. Toutefois, nous ne prévoyons pas de reprise soutenue et forte avant le deuxième trimestre 2021.

Pourquoi ?

  • D’abord, parce que les mesures de restrictions d’activité ne seront levées que progressivement et que la distanciation sociale aura des impacts sensibles à moyen terme. Nous constatons ainsi en Chine que les consommateurs restent prudents de ce fait. Cela touche en particulier le secteur des services.
  • Ensuite, le déconfinement pourrait générer une résurgence du virus et forcer un durcissement temporaire et ciblée de certaines mesures de restriction d’activité.
  • Enfin, la lenteur de la reprise accroît l'impact des effets secondaires, à savoir une augmentation du chômage (qui frôlera les 20% aux Etats Unis dans les semaines à venir) et des faillites. En conséquence, la reprise pourrait être encore plus lente qu’escompté.

Qu’en est-il des actions ?

Le rebond des marchés d’actions mondiaux a alimenté la revalorisation de cette classe d’actifs qui offre un ratio cours sur bénéfice de 16, proche de sa moyenne de long terme. Nous sous-pondérons actuellement les actions au sein de notre portefeuille, considérant que la valorisation n’offre pas de coussin de sécurité à toute mauvaise nouvelle potentielle. Cependant, à moyen terme, nous sommes positifs sur les actions, cette classe d'actifs disposant d’un rendement annuel escompté de plus de 6% pour les prochaines années, alors que le monétaire et les obligations d’Etat de la Zone € devraient offrir des rendements négatifs ou proches de zéro..

Quels sont les secteurs qui profitent de cette pandémie ?

Parmi les opportunités que nous voyons aujourd'hui, citons : les achats en ligne, le divertissement à domicile et la technologie qui permet de travailler à domicile ou de consulter un médecin en ligne. Nous continuons également à investir dans les énergies renouvelables et le stockage de l'énergie.

Les matières premières font-elles partie des perdants ?

En raison du conflit pétrolier et de la chute de la demande de pétrole, les secteurs liés aux ressources naturelles font partie des perdants. Il est cependant encore trop tôt pour investir dans les matières premières. En ce qui concerne le pétrole, il faut d'abord attendre un ré-équilibrage entre l'offre et la demande. Pour l’or, tous les signaux semblent être bien orientés. Néanmoins, nous restons prudents, les positions spéculatives étant très importantes sur cet actif, l’exposant à une correction abrupte.

Mieux nous connaitre

Risques liés aux investissements

Nous rencontrer