Économie: Cinq raisons pour lesquelles la reprise prendra du temps

Nick Kounis

Responsable de la recherche sur les marchés financiers

Économie: Cinq raisons pour lesquelles la reprise prendra du temps

Alors que les restrictions sur l'activité économique commencent à être levées, l'optimisme semble de mise. Pourtant, nous restons sceptiques quant à l'idée qu'une reprise forte et durable puisse se concrétiser rapidement. Le rebond de l'activité vers le milieu de l'année sera très probablement suivi d'un nouvel affaiblissement. Nous considérons cinq raisons pour lesquelles l'économie devrait mettre du temps à se redresser.

La sortie sera progressive

Tout d'abord, les stratégies de déconfinement des Etats sont progressives. Dans la première étape, la plupart des pays passent d'une situationde verrouillage strictà un confinement plus souple, avec des mesures de restrictions subsistantes ou des normes de sécurité sanitaire élevées. En conséquence, un grand nombre de secteurs devrait fonctionner en deçà de leur capacité pendant plusieurs mois. Par ailleurs, certaines activités économiques resteront durablement fermées ou sévèrement limitées. Cela concerne en particulier les événements de grande ampleur et les voyages transfrontaliers, ce qui signifie que la demande alimentée par le secteur du tourisme restera faible.

La possibilité d’un « reconfinement »

Deuxièmement, il est possible que le processus de sortie ne se fasse pas sans heurts, et qu'il soit déterminé par la façon dont les données sur le virus réagissent à la levée des restrictions. L’émergence de foyers épidémiques pourrait entraîner une pause dans le processus de levée des restrictions ou même la réintroduction de certaines mesures. Les risques semblent les plus élevés lorsque la pression politique en faveur de l'ouverture devance l’amélioration de la situation sanitaire. Cela semble être le cas dans un certain nombre d'États américains. Un tel scénario limiterait la reprise de l'activité économique et pourrait affecter la confiance de l’ opinion publique, source d’uneplus grande prudence des consommateurs.

Pas de solution médicale miracle à court terme

Troisièmement, il n'y a pas de solution miracle au virus dans l'immédiat. Il semble qu'un vaccin ne sera pas disponible à grande échelle avant l'année prochaine. Selon l’OMS, cela devrait prendre au moins 18 mois avant qu’un vaccin ne soit disponible pour le public. Bien que de nombreux groupes de recherche aient conçu des vaccins potentiels, nous n’en sommes qu’au début du processus. Les tests doivent encore démontrer la sûreté et l’efficacité d’un tel vaccin ; ilrestera ensuite à en organiser la production à grande échelle, avant que les campagnes de vaccination ne puissent être lancées. En attendant, de nombreux gouvernements ont recours à la stratégie du « test et de la traçabilité ». Pour autant, il semble que seule une faible part de la population ait été testée, et ce, malgré l’intensification des campagnes de tests ces dernières semaines, y compris dans les pays les plus avancés. En ce qui concerne la recherche des contacts (« traçabilité »), les applications mobiles sont toujours en cours de développement pour permettre une recherche à grande échelle. L'absence d'une solution durable ou l'incapacité à enrayer suffisamment le virus pourrait entraîner un comportement prudent des consommateurs.

L'expérience de la Chine montre que les consommateurs restent prudents

L'expérience de la Chine laisse également entrevoir une lente reprise dans le secteur des services, les consommateurs ne retrouvant pas rapidement leurs habitudes d’avant crise. Si la reprise dans les secteurs de l'industrie et de la construction a été relativement rapide, le secteur des services fonctionne toujours nettement en dessous des niveaux d'avant crise. Cela est particulièrement vrai pour les services liés aux consommateurs et reflète le faible niveau de reprise de la demande intérieure, bien qu'il y ait quelques signes timides de stabilisation.

Les effets sur l’économie seront durables

Enfin, la dernière raison pour laquelle une reprise lente de l’économie est probable tient dansla rémanence de l’onde de choc actuell, sur l’économie, dont les impacts prennent du temps à se résorber.

Le taux de chômage américain atteindra un pic - sans doute au-delà de 20% - , avant de diminuer dans la seconde partie de l’année, les personnes en chômage partiel reprenant le travail grâce à la réouverture de l’économie, mais devrait encore se situer autour de 10% en fin d’année (contre 3,5% en février). En revanche, l'adaptation du marché du travail de la Zone euro prendra plus de temps. Nous prévoyons une hausse continue du taux de chômage pour atteindre un niveau supérieur à 10 % d'ici la fin de l'année prochaine, contre 7,3 % en février. Cette situation risque de peser sur les dépenses de consommation en poussant à la fois l'épargne de précaution et en réduisant le revenu disponible global.

Par ailleurs, le secteur des entreprises est soumis à un stress extrême : l'agence de notation Moody's prévoit que les taux de défaut mondiaux pour les titres dits « spéculatifs » des entreprises, souffrant d’une qualité de crédit dégradée, atteindront 11,3 % contre 4,4 % actuellement (le pic a été d'environ 14 % pendant la crise financière de 2008). En conséquence, les entreprises pourraient prendre des mesures de réduction de coûts en réduisant leurs effectifs et leurs dépenses d'investissement.

En corollaire, les conditions financières restent nettement plus tendues qu'avant le choc provoqué par la pandémie de Covid-19, comme l’illustrent les graphiques ci-dessous. De même, la relance budgétaire mise en place par les Etats, bien que d’ampleur, reste inférieure à celle du choc auquel l’économie mondiale est confrontée.

Enfin, la nature synchronisée de ce choc brutal pourra en prolonger les effets. La faiblesse de la demande dans chaque économie se répercutera et renforcera les ralentissements dans toutes les autres. Cela se traduira par une contraction du commerce mondial qui sera encore plus forte que celle observée lors de la crise financière mondiale.

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