Asset allocatie

Reinhard Pfingsten

Responsable global des services d'allocation d'actifs

Les leçons de l'histoire

Une chose est claire : chaque crise économique et financière est différente. Et il en va de même pour la crise de covid-19. Nous n'avons jamais connu un tel arrêt des activités économiques au niveau mondial ; de même que nous n'avons jamais vu auparavant un soutien aussi important des politiques budgétaires et monétaires. Néanmoins, certaines observations issues des études passées sont comparables, notamment le comportement des marchés baissiers et ce qui se passe avant et après un creux de valorisation.
 
Sur les sept marchés baissiers que nous avons connus depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons assisté à une correction moyenne de 34,5 % (mesurée sur l'indice S&P 500). En général, ces corrections s'étalent sur une période de 14 mois, et non sur un mois comme c'est le cas en 2020. Il n'est pas rare non plus que les marchés remontent, comme ce fut le cas en avril, avant de retrouver leurs niveaux les plus bas. Nous pensons que ce scénario de "double creux" pourrait également se produire cette fois-ci. Alors que les économies commencent à sortir des périodes de confinement, nous constatons également que l'augmentation des niveaux d'endettement des gouvernements, des entreprises et des sociétés privées crée un fardeau important.
Il est certain qu'à long terme, l'activité économique reviendra à des niveaux jamais vus auparavant, et les marchés anticiperont cette croissance dans leur valorisation. Analysons ce qui s’est passé avec les différentes classes d'actifs au cours des sept plus importantes baisses.
Moyenne des performances des classes d'actifs avant, pendant et après les corrections sévères du marché.
Après la baisse, il y a une préférence pour les actions américaines, que nous privilégions aujourd’hui dans notre stratégie. Les marchés émergents montrent également une certaine vigueur, mais une grande dispersion est constatée entre les différentes crises et aussi entre les différents pays. En ce qui concerne les matières premières, il n'y a pas de préférence à court terme, mais à plus long terme, la croissance économique entraîne un rebond de la demande pour celles-ci.
Au niveau sectoriel, nous constatons qu’après une forte baisse il y a eu, dans le passé, une surperformance des secteurs des technologies de l'information et des services de communication, qui seront également, selon nous, les gagnants structurels cette fois-ci. Historiquement, les secteurs sous-performant étaient la santé, l'énergie et les services aux collectivités. Il est probable que cette fois, la santé, en raison de la nature de la crise, aura un comportement différent.
L’analyse factorielle de la performance des actions dans ces baisses en prenant en considération la croissance, la valorisation, le Momentum et la qualité, permet une analyse plus globale. Il en résulte que se concentrer sur la qualité des bénéfices permet de générer une surperformance par rapport aux autres facteurs.
Enfin si l'on analyse les données relatives aux marchés des Taux, on constate une préférence pour le haut rendement américain. Toutefois, il existe également une grande dispersion entre les différents cycles, ce qui signifie une plus grande incertitude. Aujourd’hui, le secteur de l’énergie est sur-représenté dans le segment du haut rendement, ce qui constitue un facteur d’incertitude supplémentaire. Il en résulte une préférence pour les obligations d'entreprises de qualité ayant montré une stabilité et des performances bien plus solides.
Bien que la nature de cette crise soit différente,, le comportement du marché semble se répéter. Ou, comme l'a dit Mark Twain (Samuel Clemens), "L'histoire ne se répète jamais, mais elle rime souvent".