Actions

Olivier Raingeard

Directeur des investissements de Neuflize OBC

Actions : optimistes contre pessimistes

La crise sanitaire actuelle, provoquée par l’épidémie de Covid-19 a fait chuter le cour des indices actions de 30 à 40 % en moins d'un mois. Heureusement, les banques centrales sont intervenues rapidement pour contrer le durcissement des conditions de financement de l’économie, permettant d’alimenter un fort rebond des marchés actions. Quelle sera l'évolution des marchés à partir de maintenant ? Deux visions s’opposent : les pessimistes envisagent une rechute des marchés alors que les optimistes parient sur une poursuite du rebond au cours des prochains mois. 

Les pessimistes estiment que le pire est encore à venir, considérant que les effets économiques de second tour vont compromettre le rebond des marchés dans les mois à venir. Les optimistes se tournent déjà vers 2021, où la reprise économique devrait contribuer à une forte hausse des bénéfices des entreprises (plus de 20 %), qui pourrait à son tour alimenter la progression des marchés d’actions.

En outre, dans un environnement où les taux d’intérêt sont proches de 0%, le camp des optimistes pointent du doigt le mantra « TINA » (There Is No Alternative ou « il n’y a pas d’alternative ») et le fait que les investisseurs peuvent trouver des rendements plus élevés sur les marchés d’actions.

 

Court terme contre long terme

Les arguments des pessimistes sont compréhensibles. Chaque pays suivra son propre calendrier de levée des mesures de confinement. Par conséquent, la reprise de l'économie mondiale se fera en ordre dispersé : amélioration rapide pour certains, tandis que d'autres seront à la traîne. En outre, à mesure que les mesures de confinement seront levées pour éviter une deuxième vague de Covid-19, certains secteurs se comporteront mieux que d’autres. L'expérience récente de la Chine vient appuyer ce scénario : certaines mesures restrictives sont toujours en place, le rebond du secteur manufacturier est significatif mais celui des services est plus mesuré et les consommateurs semblent réticents à dépenser comme avant. Ceci implique que les bénéfices des entreprises pourraient baisser de plus de 30 % et la volatilité devrait rester, par conséquent, élevée au cours des prochains mois.

Nous souscrivons en partie aux arguments des pessimistes, en particulier lorsqu'il s'agit de prendre en compte les valorisations des actions. En raison du récent rebond des indices, le ratio cours/bénéfices de l'indice MSCI AC World s’établit au-dessus de sa moyenne de long terme, à 16,7 fois les bénéfices . Par conséquent, les valorisations n’offrent pas de coussin de sécurité à toute mauvaise nouvelle potentielle. En d'autres termes, le risque de baisse des actions semble être supérieur au potentiel de hausse à court terme. Aussi, nous maintenons depuis le début du mois de mai une sous exposition aux actions. 

Toutefois, sur un horizon de 18 mois, nous pensons que les actions bénéficieront de l’environnement de taux bas, le rendement attendu des liquidités et des obligations d'État restant proches de zéro, et ce pour plusieurs années, les banques centrales devant maintenir des politiques monétaires accommodantes pour soutenir la reprise de l'économie mondiale en 2021 et au-delà.

Comment positionner le portefeuille dans cet environnement

Au niveau régional, nous conservons notre préférence pour les actions américaines (surpondération). Au cours des derniers mois, les marchés américains se sont une fois de plus révélés plus résistants que ceux des autres régions. En outre, ils bénéficient d'un fort soutien de la part de la Fed et de leur forte exposition au secteur des technologies de l'information. Nous conservons une position neutre à l'égard des marchés émergents. D'une part, les économies de cette zone pourraient souffrir de l'affaiblissementdu commerce mondial et, dans le cas de certains pays, de la chute des prix des matières premières. D'autre part, les marchés émergents devraient bénéficier d'un dollar plus faible au cours des prochains trimestres. Enfin, nous sous-pondérons toujours l'Europe, les risques politiques plus élevés reflétant des faiblesses structurelles.

Au niveau sectoriel, nous maintenons notre préférence pour les technologies de l'information et la santé (surpondération). Ces secteurs ont clairement surperformé les autres secteurs au cours des derniers trimestres. Le premier devrait profiter de cette crise historique, car les entreprises chercheront à accélérer la numérisation de leurs processus. Les dépenses de santé pourraient augmenter dans les années à venir : les opinions publiques sont susceptibles de demander à leurs gouvernements d'augmenter les investissements dans ce secteur d’activité afin d'être mieux protégés contre des événements tels que l'actuelle pandémie. Récemment, nous avons réduit le poids des services financiers, car ce secteur pourrait souffrir d'effets de second tour (taux de défaillance et créances douteuses plus élevés ; taux d'intérêt restant bas plus longtemps). Dans le même temps, nous avons relevé le poids des biens de consommation de base, afin d'ajouter un segment défensif à notre allocation sectorielle.