Matières premières: La prudence est de mise malgré la reprise attendue

Hans van Cleef

Hans van Cleef

Économiste principal de l'énergie

Matières premières: La prudence est de mise malgré la reprise attendue

Les prix de la majorité des matières premières ont été soumis à une forte pression au cours des premiers mois de cette année. Seul le prix de l'or a progressé. Bien que les prix des matières premières puissent se redresser à mesure que l'économie se reprend, nous sommes prudents. Leurs stocks ont augmenté, ce qui signifie que le potentiel de rebond est limité.

En raison de la chute des prix des matières premières, l'indice Reuters CRB a fortement baissé. L'énergie représente pas moins de 40 % de cet indice, dont plus de la moitié est constituée de pétrole West Texas Intermediate (WTI). Compte tenu de la forte baisse des prix du pétrole, il n'est pas surprenant que l'indice ait perdu plus de 40 % de sa valeur depuis le début du mois de janvier. Comme le montre le graphique, la corrélation entre l'indice CRB et le prix du pétrole WTI est élevée.

Deux raisons expliquent la baisse du prix du pétrole. Un désaccord entre l'Arabie Saoudite et la Russie a généré un premier mouvement de baisse. Mais une chute des prix beaucoup plus importante est venue de la chute de la demande, suite aux mesures de confinement prises en Europe et aux États-Unis. Il est alors apparu que les stocks étaient trop importants. Lorsque certains ETF n'ont pas réussi à vendre à temps leurs contrats à terme et que la livraison physique du pétrole est devenue une menace, le prix du WTI a plongé à -40 dollars le baril. Ces ETF en ont tiré les leçons et le risque que cela se reproduise a été fortement réduit. Néanmoins, un équilibre entre l'offre et la demande de pétrole n'a pas encore été trouvé. Les facteurs qui peuvent influencer l'offre ou la demande continueront à retenir l’attention et, par conséquent, à influencer le prix du baril de pétrole. Les stocks sont également très élevés et continueront à limiter le potentiel de rebond dans les années à venir.

Prudence concernant l'or

Les étoiles semblent alignées en faveur de l'or. L'amélioration du sentiment des investisseurs, l'assouplissement monétaire , les taux d'intérêt extrêmement bas et les mesures de relance budgétaire soutiennent le prix de l'or. Mais, là aussi, nous restons prudents, en raison de positions spéculatives très importantes sur cet actif. Notre estimation du prix de l'or pour la fin 2020 est de 1 700 USD l'once.

Chaque matière première a sa propre dynamique, mais la plupart est très sensible aux évolutions économiques, notamment à l’économie chinoise. La demande de matières premières reprendra donc à mesure que l'économie se redressera et la croissance économique s'avérera être le principal moteur du prix des matières premières. Il s'agit toutefois d'un moteur dans lequel chaque revers s'accompagne d'une nouvelle pression sur les prix. C'est pourquoi la modération s'impose toujours lorsqu'il s'agit de prendre de nouvelles positions sur le marché des matières premières. Tout comme pour le pétrole, les stocks de nombreuses autres matières premières sont désormais supérieurs à la moyenne historique, limitant ainsi le potentiel de hausse du prix de celles-ci, et donc l'évolution de leurs indices.

Télécharger l’infographie

Infographie​ (PDF 1 MB)

FAQ

Pourquoi la reprise prendra-t-elle du temps ?

Nous prévoyons le point bas de la récession au deuxième trimestre. Une reprise automatique suivra au troisième trimestre, lorsque les économies redémarreront. Toutefois, nous ne prévoyons pas de reprise soutenue et forte avant le deuxième trimestre 2021.

Pourquoi ?

  • D’abord, parce que les mesures de restrictions d’activité ne seront levées que progressivement et que la distanciation sociale aura des impacts sensibles à moyen terme. Nous constatons ainsi en Chine que les consommateurs restent prudents de ce fait. Cela touche en particulier le secteur des services.
  • Ensuite, le déconfinement pourrait générer une résurgence du virus et forcer un durcissement temporaire et ciblée de certaines mesures de restriction d’activité.
  • Enfin, la lenteur de la reprise accroît l'impact des effets secondaires, à savoir une augmentation du chômage (qui frôlera les 20% aux Etats Unis dans les semaines à venir) et des faillites. En conséquence, la reprise pourrait être encore plus lente qu’escompté.

Qu’en est-il des actions ?

Le rebond des marchés d’actions mondiaux a alimenté la revalorisation de cette classe d’actifs qui offre un ratio cours sur bénéfice de 16, proche de sa moyenne de long terme. Nous sous-pondérons actuellement les actions au sein de notre portefeuille, considérant que la valorisation n’offre pas de coussin de sécurité à toute mauvaise nouvelle potentielle. Cependant, à moyen terme, nous sommes positifs sur les actions, cette classe d'actifs disposant d’un rendement annuel escompté de plus de 6% pour les prochaines années, alors que le monétaire et les obligations d’Etat de la Zone € devraient offrir des rendements négatifs ou proches de zéro..

Quels sont les secteurs qui profitent de cette pandémie ?

Parmi les opportunités que nous voyons aujourd'hui, citons : les achats en ligne, le divertissement à domicile et la technologie qui permet de travailler à domicile ou de consulter un médecin en ligne. Nous continuons également à investir dans les énergies renouvelables et le stockage de l'énergie.

Les matières premières font-elles partie des perdants ?

En raison du conflit pétrolier et de la chute de la demande de pétrole, les secteurs liés aux ressources naturelles font partie des perdants. Il est cependant encore trop tôt pour investir dans les matières premières. En ce qui concerne le pétrole, il faut d'abord attendre un ré-équilibrage entre l'offre et la demande. Pour l’or, tous les signaux semblent être bien orientés. Néanmoins, nous restons prudents, les positions spéculatives étant très importantes sur cet actif, l’exposant à une correction abrupte.

Mieux nous connaitre

Risques liés aux investissements

Nous rencontrer