Taux, commerce, politique, trois risques pour 2018

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L’instabilité politique dans plusieurs régions clés du monde, les tensions commerciales qui pourraient gripper le commerce mondial et la fin du financement sans risque, sont les trois risques clés pour l’économie en 2018.

Des risques politiques moins aigus mais plus diffus

2018 pourrait, de prime abord, paraître rassurant lorsqu’on étudie les risques politiques. Par rapport à 2017, où la prise de fonction de Donald Trump aux Etats-Unis, les incertitudes liées aux élections françaises et les tensions en Asie du Nord, mettaient tous les analystes sous pression, le paysage paraît plus apaisé, en particulier après la reprise du dialogue dans la péninsule coréenne. Méfions-nous des apparences. Cette année, toutes les zones sont menacées par de sourdes tensions, sans doute moins spectaculaires que les rodomontades du président américain sur le sujet coréen, mais potentiellement très déstabilisatrices à moyen terme. L’Amérique tout d’abord, va connaître deux élections politiques majeures : en juillet au Mexique et en octobre au Brésil, qui pourraient générer de fortes tensions, en particulier si Andres Manuel Lopez Obrador, le candidat de la gauche radicale, triomphait à Mexico. L’Asie doit désormais composer avec un président chinois potentiellement au pouvoir à vie, qui a méthodiquement éradiqué tous les possibles contre-pouvoirs et dont la vision très claire consiste à présenter, voire à imposer, le modèle économique et politique chinois à ses voisins. L’Europe enfin, qui croyait être sortie des turbulences, doit composer avec un possible gouvernement eurosceptique en Italie et avec un processus de Brexit mortifère pour son unité, sa crédibilité et sa force d’attraction.

Un risque financier qui renait

Face à cette situation, la fin des politiques d’injections massives de liquidités par les banques centrales mondiales supprime ou, à tout le moins, fragilise, le filet de sécurité financier de la planète. Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale est déjà en phase de diminution de son bilan. La Banque Centrale Européenne devrait annoncer la fin de sa phase d’expansion bilantaire en septembre ou au plus tard à la fin de l’année. Il reste la Banque Centrale Japonaise, qui demeure ancrée dans sa politique de soutien tous azimuts. Mais, même à Tokyo, le doute s’immisce : dans un contexte économique qui s’améliore graduellement, les risques liés à une politique ultra expansionniste (le bilan de la BoJ représente désormais plus d’une année de production de richesse de l’Archipel) ne sont-ils pas disproportionnés ? Bref, le temps de l’argent illimité vient inexorablement à son terme. On le voit dès à présent dans les marchés de dettes où la liquidité des transactions se fait difficile, et même les adjudications du Trésor américain ne sont plus aussi populaires : les acheteurs aux poches infiniment pleines désertent le champs de bataille.

Dans ce cadre, la complaisance n’est pas de mise, de même que la panique. L’incertitude est l’état normal de l’économie. Mais la vigilance est de mise. Plus que jamais, méditons Alphonse Allais : « les poubelles de l’histoire sont remplies de tendances prolongées ».

Wilfrid Galand,
Responsable de la stratégie de marché

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