L’économie mondiale peut-elle supporter une hausse des coûts ?

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Après la crainte de la déflation, les acteurs économiques s’inquiètent de la fin du monde plat qui pourrait faire monter les prix à la production et surtout de la hausse possible de leurs coûts de financement.

Trump et la fin du monde plat

Les années 1990 et le début de la décennie 2000, ont été celles d’un aplatissement spectaculaire des barrières économiques mondiales. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 a coïncidé, et probablement accéléré la conclusion de multiples accords régionaux de libre-échange qui ont permis la disparition de nombreuses taxes transfrontalières. C’est ainsi, en Europe, qu’a été signé le 7 février 1992 le traité de Maastricht qui créait le marché unique européen ainsi que la perspective d’une monnaie commune sur le Vieux Continent. En Amérique du Sud, c’est le 15 décembre 1995, à Asuncion, que le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay signait le traité du Mercosur. Presque 2 ans auparavant, le 1er janvier 1994, le traité de libre échange d’Amérique du Nord, le NAFTA, entrait en vigueur. Enfin, en 2003, le traité de libre échange du sud-est asiatique, dit de l’Asean, signé le 28 janvier 1992 à Singapour, entrait enfin en vigueur. Entretemps, le 11 décembre 2001, la Chine était officiellement entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce, née en 1995.

La violence de la crise de 2008 et la crise des réfugiés à partir de 2015 ont remis en cause l’acceptabilité, par les électorats occidentaux, de cette fluidité généralisée : le libre échange ne va plus de soi et doit être constamment défendu, par des représentants politiques de plus en plus contestés. L’aboutissement de ces tensions se trouve dans le vote du Brexit le 22 juin 2015 et surtout dans l’élection de Donald Trump comme 45ème président des Etats-Unis en novembre 2016. Or ce dernier, très fluctuant sur de nombreux dossiers économiques ou politiques depuis son irruption en politique dans les années 80, a toujours été très clair sur une chose : contre le libre échange et les accords multilatéraux, il défend le protectionnisme et le bilatéralisme. Sa volonté de renégocier le NAFTA, puis d’imposer des taxes sur certains produits importés, est susceptible, comme l’a souligné récemment le président de la Réserve Fédérale, Jérome Powell, de faire pression à la hausse sur les prix à la production et donc, d’alimenter l’inflation, accélérant alors la fin du cycle d’expansion économique actuel.

La hausse des coûts de financement mondiaux

Ces pressions sont d’autant plus perturbantes pour les acteurs économiques mondiaux qu’elles viennent renforcer leur crainte majeure : celle de la hausse des coûts de financement mondiaux et en premier lieu des coûts de financement en dollar. La Réserve Fédérale américaine semble bien décidée à poursuivre ses hausses graduelles de taux d’intérêt et surtout à continuer sa politique de réduction progressive de la taille de son bilan en ne réinvestissant plus sur les marchés le montant des titres arrivés à échéance. L’effacement progressif de cet acteur majeur des marchés obligataires de ces dernières années signifie une diminution, dès 2018 aux Etats-Unis, du niveau de liquidité des marchés financiers et donc une hausse des coûts de financement. La baisse du niveau de liquidité se manifeste déjà par la hausse des coûts de financement interbancaires Outre-Atlantique depuis le début de l’année.

Ce phénomène pourrait être renforcé par la fin programmée des injections de liquidités de la Banque Centrale Européenne  (BCE) – prévue au dernier trimestre 2018 – et par des anticipations de remontée plus rapide que prévu des taux européens. A ce jour, la BCE s’en défend vigoureusement mais la pression monte indubitablement sur l’institution de Francfort pour, a minima, mettre fin rapidement aux taux négatifs qui handicapent le système bancaire européen, et en premier lieu certains acteurs allemands. Reste évidemment la banque du Japon (BoJ), toujours très agressive dans ses injections de liquidités mais, là aussi, l’amélioration progressive de la situation économique de l’archipel pourrait la conduire à mettre un frein à l’expansion spectaculaire de son bilan.  Autant dire que les incertitudes restent grandes et que les marchés financiers n’ont probablement pas fini de s’interroger sur la vraie valeur des actions et des obligations dans ce nouveau contexte.
 
Wilfrid Galand
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

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